Cueillette interdite! Les défis de l’autocueillette de moules bleues sur les rives du Saint-Laurent

Par Marie-Claude Lefebvre, Rebecca Hennigs, Philippe Archambault et Mélanie Lemire 

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Avez-vous déjà remarqué les pancartes interdisant la cueillette de mollusques bivalves, aussi appelés coques (moules, myes, etc.), en vous promenant sur les bords du Saint-Laurent ? Oui?! Et bien, savez-vous pourquoi elles s’y trouvent? 

Les moules bleues: excellentes pour la santé

Les moules bleues ou les myes se retrouvent en quantité parfois très abondantes sur les rives du Saint-Laurent et font partie de l’alimentation des humains depuis des milliers d’années. Les mollusques bivalves sont des aliments délicieux et bons pour la santé qui méritent une place dans nos assiettes. Par exemple, les moules bleues sont une excellente source de protéines, d’oméga-3, de vitamines et de minéraux en plus d’être faibles en gras et peu caloriques. Toutefois, ces organismes filtreurs sont particulièrement à risque d’accumuler des contaminants (ex : bactéries, virus, toxines marines) dans leur chair, car ils filtrent l’eau pour se nourrir. Leur consommation peut alors parfois représenter un enjeu de santé publique.

Pourquoi les pancartes?

Les pancartes interdisant la cueillette de mollusques bivalves sont posées par Pêches et Océans Canada dans de nombreuses municipalités le long du Saint-Laurent pour deux principales raisons, soit pour des enjeux de conservation de la ressource et/ou pour des enjeux de salubrité. Voici un peu plus de détails pour vous aider à mieux comprendre ces raisons.

Préserver la ressource pour une cueillette durable

La cueillette est interdite lorsque les mollusques bivalves ne sont pas présents en quantité suffisante pour assurer une régénération de la population des mollusques et une cueillette durable. Or, une mauvaise gestion de la cueillette peut être l’une des causes qui peuvent mener à la disparition d’un banc de mollusques. De fortes marées ou l’érosion par les glaces au printemps peuvent également y contribuer. En outre, les moules bleues doivent avoir atteint une taille de 4 cm ou plus pour pouvoir être cueillies, car cela indique qu’elles ont eu le temps de se reproduire. De plus, Pêches et Océans Canada limite la cueillette quotidienne à 300 mollusques par sortie de pêche (par espèce et par personne). Ces mesures sont essentielles pour pouvoir préserver les ressources et prolonger le plaisir de les cueillir et de les manger.

Éviter les contaminants environnementaux: les coliformes fécaux et les biotoxines marines

Lorsque la concentration d’un contaminant dépasse la norme du Programme canadien de contrôle de la salubrité des mollusques (PCCSM), la cueillette de mollusques bivalves est interdite dans le secteur coquillier visé. À ce jour, les contaminants qui sont mesurés dans les secteurs sont les coliformes fécaux et les biotoxines marines puisqu’ils peuvent parfois causer des intoxications graves chez les consommateurs, et même la mort dans de rares cas. Leurs concentrations dans les mollusques peuvent augmenter à la suite de phénomènes naturels ou d’activités humaines. Il est important de savoir que les contaminants ne colorent pas toujours l’eau, et ne modifient pas l’apparence, l’odeur ou le goût des mollusques. Donc, même si les mollusques ou la couleur de l’eau semblent bien normaux, cela n’indique pas que leur consommation est nécessairement sécuritaire. Notez aussi que la cuisson des mollusques ne détruit pas les biotoxines et ne prévient pas les intoxications. C’est pour cette raison qu’il faut uniquement cueillir dans les secteurs ouverts à la cueillette, car cela indique que les contaminants sont surveillés et ne dépassent pas les normes recommandées.

Bien cuire les mollusques pour réduire les risques de contamination microbiologique

Il est tout de même important de bien cuire les mollusques bivalves cueillis dans les secteurs ouverts pour s’assurer de détruire tous les micro-organismes autres que les coliformes fécaux. La cuisson adéquate consiste à faire bouillir les mollusques à une température interne de 74°C jusqu’à ce que les coquilles s’ouvrent, puis de laisser bouillir au moins 5 minutes supplémentaires. À la vapeur, la cuisson devrait être poursuivie pendant au moins 9 minutes après l’ouverture des coquilles.

Rôle des pancartes et réouverture des zones de cueillette

En conclusion, ces pancartes protègent donc avant tout la santé des cueilleurs en plus de prévenir un épuisement de la ressource. Normalement, elles sont retirées lorsque les mollusques bivalves sont exempts de contaminants et sont suffisamment abondants. Cependant, dans certaines municipalités les pancartes sont visibles depuis de nombreuses années malgré une abondance de mollusques. Elles ont été placées dans le passé suite à la présence d’un contaminant au-delà des normes recommandées. Or, plusieurs de ces zones ne sont plus échantillonnées de nos jours et la cueillette y demeure interdite par principe de précaution puisque la concentration actuelle des contaminants d’intérêt est inconnue. Une option qui pourrait être envisagée serait de remettre en place de nouveaux suivis des contaminants environnementaux qui permettraient de valider si la réouverture d’une zone de cueillette est possible. Ainsi, d’anciens et de nouveaux cueilleurs de mollusques pourraient s’approvisionner avec des aliments locaux disponibles, délicieux et très nutritifs.


Si vous avez remarqué des moules bleues sur les rives de votre municipalité et que vous aimeriez pouvoir les cueillir pour les déguster, contactez l’équipe de Manger notre Saint-Laurent pour obtenir l’arbre décisionnel que nous avons élaboré. Celui-ci permet de prendre connaissance des étapes à suivre pour l’ouverture ou la réouverture d’une zone d’autocueillette de moules bleues dans le fleuve, l’estuaire ou le golfe du Saint-Laurent.