L’autonomie alimentaire du Québec : des indicateurs insuffisants pour guider la prise de décision (partie 3/4)

 

Par Gabriel Bourgault-Faucher

Institut de recherche en économie contemporaine (IRÉC)

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Cette troisième fiche d’une série de quatre vise une fois de plus à mieux saisir ce qu’est l’autonomie alimentaire, notion propulsée à l’avant-plan des préoccupations collectives avec la pandémie. Dans la première fiche, nous avons défini différentes notions – autosuffisance, sécurité, souveraineté et autonomie alimentaire – qui ont servi ou servent encore de guide ou de finalité aux politiques bioalimentaires des États. Dans la seconde, nous avons restitué le contexte d’émergence de la notion d’autonomie alimentaire, notamment sa continuité de sens avec la souveraineté alimentaire et son inscription actuelle dans le cadre de la Politique bioalimentaire 2018-2025 du Québec1. Cela permet maintenant de procéder à l’analyse des différents indicateurs et mesures utilisés pour jauger l’état de l’autonomie alimentaire, suivre son évolution dans le temps et baliser la prise de décision pour apporter les ajustements nécessaires à la réalisation de ce projet.

Taux d’autosuffisance alimentaire, part des achats provenant de fournisseurs du Québec et contenu québécois : quelques éléments d’orientation

Une première mesure est le taux d’autosuffisance alimentaire (ou degré d’autoapprovisionnement). Couramment utilisé au tournant des années 1980, lorsque l’autosuffisance alimentaire est au cœur de la politique bioalimentaire du MAPAQ, cet indicateur est aujourd’hui remis à l’avant-plan avec l’émergence de la notion d’autonomie alimentaire.

Concrètement, le taux d’autosuffisance alimentaire mesure les quantités produites (kilocalories, volume, valeur) par rapport aux quantités consommées, sur un territoire donné (pays, région, municipalité, etc.)2 . Il permet de déterminer si le territoire en question a, en théorie, la capacité d’être autosuffisant, c’est-à-dire si sa population produit des quantités au moins égales à ce qu’elle consomme3. Le cas échéant, son taux d’autosuffisance sera égal ou supérieur à 1 ; dans le cas contraire, il sera inférieur à 1. Ce taux peut ensuite être exprimé en pourcentage s’il est multiplié par 100. Dernièrement, ce taux peut être calculé de manière globale, pour l’ensemble du secteur bioalimentaire, ou par secteur de production, par exemple pour les produits aquatiques ou même pour chacune des espèces pêchées ou élevées, si l’on souhaite affiner l’analyse.
Une deuxième mesure utilisée est la part des achats provenant de fournisseurs du Québec. Ici, ce sont les achats réalisés par les distributeurs établis au Québec – commerces de détail et services alimentaires (réseau HRI) – dont il est question. Pour calculer la part des achats provenant de fournisseurs du Québec, il suffit de ramener l’ensemble des achats provenant de producteurs (agriculteurs, pêcheurs, aquaculteurs, etc.) et de transformateurs situés au Québec sur l’ensemble des achats réalisés par les distributeurs. Ce ratio est ensuite multiplié par 100 pour être exprimé en pourcentage4.

Enfin, une dernière mesure fréquemment employée est le contenu québécois. Cet indicateur permet de déterminer la part de la valeur effectivement québécoise dans l’ensemble de la valeur des marchandises produites ou vendues au Québec, quel que soit le secteur d’activité économique. Il peut donc mettre la focale sur le secteur bioalimentaire, sur des sous-secteurs comme les pêches et l’aquaculture commerciales ou encore sur une filière en particulier, comme les algues. En outre, le contenu québécois se calcule à différents segments de la chaîne d’approvisionnement. C’est en fait au moment de la vente des marchandises qu’il est comptabilisé, et ce, au niveau de la production (matières premières prélevées ou cultivées), de la transformation (produits manufacturés) ou de la distribution au détail (ventes finales aux consommateurs). Autrement dit, la mesure du contenu québécois peut porter soit sur l’offre (production et transformation), soit sur la demande (distribution au détail, par les ventes finales aux consommateurs).

L’intérêt principal du contenu québécois est de considérer à la fois la provenance des intrants utilisés et la valeur ajoutée par les différentes activités économiques, tout au long de la chaîne d’approvisionnement (production, transformation, distribution). L’introduction de la valeur ajoutée dans le calcul permet à ce titre d’inclure l’ensemble du travail et du capital requis dans la réalisation des différentes activités (rémunération de la main-d’œuvre, revenu des propriétaires, amortissements et intérêts ainsi que taxes indirectes nettes de subventions)5.

Résultat des courses, nous pouvons mesurer le contenu québécois de tous les produits bioalimentaires non transformés (matières premières, par exemple les débarquements des pêcheurs ou la production des aquaculteurs) en additionnant la valeur des ventes des produits concernés et en y soustrayant les intrants utilisés d’origine étrangère (par exemple les hydrocarbures, les agrès de pêche, les appâts, les moulées, etc.). C’est ce que présente la figure suivante : 

Figure 1. Contenu québécois à différents segments de la chaîne d’approvisionnement

 

Source : compilation de l’IREC6

Le même exercice peut être répété pour les produits bioalimentaires transformés ou distribués au Québec. Dans les deux cas, il s’agira d’additionner la valeur des ventes des produits en question et d’y soustraire les intrants de source extérieure et la part étrangère des matières premières et des produits transformés (le cas échéant) de source intérieure. Peu importe le segment de la chaîne retenu, le contenu québécois peut être décortiqué entre ce qui relève des intrants intérieurs (y compris de source non alimentaire, comme l’électricité ou les services de construction) et de la valeur ajoutée. C’est d’ailleurs à partir de ces deux grands paramètres (intrants intérieurs et valeur ajoutée) qu’il est possible d’influencer à la hausse ou à la baisse la part de contenu québécois.

En dernière instance, notons que c’est au regard de la demande (ventes alimentaires au détail) que le contenu québécois est le plus souvent analysé. Puisqu’il ne considère que les ventes finales réalisées sur le marché intérieur, il peut être interprété comme la part des dépenses réalisées par le consommateur restant au Québec7. Au contraire, lorsqu’il est question du contenu québécois dans la valeur des ventes de matières premières ou de biens manufacturés, tous les produits sont pris en compte, qu’ils soient commercialisés sur le marché domestique ou qu’ils soient exportés.

Trois indicateurs pour évaluer l’état de l’autonomie alimentaire du Québec et établir des cibles

Depuis que la notion d’autonomie alimentaire a fait surface, le taux d’autosuffisance alimentaire, la part des achats provenant de fournisseurs du Québec et le contenu québécois sont utilisés en tant qu’indicateurs phares pour piloter sa mise en œuvre8. Plusieurs publications récentes du MAPAQ mettent de l’avant ces trois outils de mesure pour exprimer l’état actuel de l’autonomie alimentaire du Québec et établir des cibles à atteindre au cours des prochaines années9.
En termes d’autosuffisance alimentaire, le Québec produit 51 % de ce qu’il consomme, en volume. Cependant, ce taux varie énormément d’une production à l’autre10. En 2019, le Québec a produit environ 62 % de ce qu’il a consommé en poissons et fruits de mer, comme le montre la figure suivante :

Figure 2. Évolution du taux d’autosuffisance alimentaire en poissons et fruits de mer, en volume, au Québec, de 1990 à 2019

Source : compilation de l’IREC11

Plus exactement, depuis 1990, le taux d’autosuffisance en poissons et fruits de mer suit une tendance à la baisse (en pointillé sur le graphique). Au cours de la décennie 1990, le taux d’autosuffisance s’élevait en moyenne à 97 %. Ce taux est ensuite descendu à 92 % lors de la décennie 2000, puis à 83 % pour la décennie 2010. Cette tendance à la baisse a d’abord été fortement influencée par l’effondrement des stocks de poissons de fond, qui a provoqué une importante diminution des volumes produits (essentiellement capturés). Les années subséquentes ont toutefois vu ces derniers augmenter plus rapidement que les volumes consommés. Depuis une dizaine d’années, nous pouvons observer que la production et la consommation sont en baisse, bien que la diminution de la première soit plus prononcée que la seconde.

En ce qui concerne la part des achats provenant de fournisseurs du Québec, elle s’élève à 52,5 % en 2019. C’est donc dire que les distributeurs au Québec importent près de la moitié des marchandises qu’ils offrent. Les poissons et fruits de mer font pâle figure dans ce portrait, puisque seulement 15 % des achats viennent de fournisseurs du Québec, les 85 % restant venant de fournisseurs étrangers . seulement 15 % des achats viennent de fournisseurs du Québec, les 85 % restant venant de fournisseurs étrangers12.

Pour ce qui est du contenu québécois, il oscille entre 57 et 58 % de la valeur des ventes alimentaires au Québec entre 2012 et 201913. Du côté de la filière des pêches maritimes (production, sans les pêches en eau douce et l’aquaculture) et de la transformation des poissons et fruits de mer du Québec, le contenu québécois est estimé à 67 % des ventes finales (au Québec ou ailleurs)14. Le résultat serait certainement tout autre en ce qui a trait aux ventes finales réalisées par le segment de la distribution au détail sur le marché québécois. Étant donné que les distributeurs n’achètent qu’une faible part de leurs poissons et fruits de mer à des fournisseurs situés au Québec (15 %, comme nous venons de le voir), il y a fort à parier que le contenu québécois des ventes finales aux consommateurs qu’ils réalisent est faible. Malheureusement, nous n’avons repéré aucune donnée à cet effet.

Par ailleurs, les différents indicateurs de l’autonomie alimentaire servent aussi à établir des cibles. Ces dernières apparaissent cependant peu ambitieuses15.
Ainsi, le MAPAQ souhaite faire passer le taux d’autosuffisance alimentaire de 51 à 56 % « au cours des prochaines années », sans fixer d’échéancier précis16. Même si cela représente une croissance de 10 % du taux d’autosuffisance alimentaire, il convient d’ajouter que cette cible, même atteinte, n’aura pour effet que d’augmenter la production domestique plus rapidement par rapport à la consommation domestique, sans égard à la commercialisation des produits, à savoir s’ils sont exportés ou consommés localement. Il s’agit d’un angle mort important des démarches en cours.
De plus, dans sa Politique bioalimentaire 2018-2025 – laquelle, rappelons-le, « incarne » l’autonomie alimentaire 17 –, le MAPAQ a pour cible d’ajouter dix milliards de dollars de contenu québécois dans les produits bioalimentaires achetés au Québec (valeur des ventes de produits alimentaires au détail), par rapport à l’année 201618. Derrière ce chiffre plutôt impressionnant en termes absolus, cette cible passe néanmoins sous silence la croissance du contenu québécois en termes relatifs. En fait, selon les estimations, les achats bioalimentaires au Québec (demande alimentaire totale) augmenteront de treize milliards de dollars entre 2016 et 2025. Suivant cela, la part de contenu québécois dans les achats bioalimentaires au Québec devrait passer de 57 à 61 %. Toutefois, en ne prenant aucun engagement ferme sur la croissance de la part de contenu québécois en des termes relatifs, la porte demeure ouverte à ce que les achats bioalimentaires totaux au Québec augmentent plus rapidement que le contenu québécois, de sorte qu’il est tout à fait envisageable que la part de contenu québécois demeure stable, voire diminue, en même temps que la cible soit atteinte.

Les limites des indicateurs en vigueur

Il s’ensuit que les indicateurs retenus à l’heure actuelle par le MAPAQ sont largement insuffisants pour piloter adéquatement l’autonomie alimentaire du Québec.

 

Les limites du taux d’autosuffisance alimentaire ont d’ailleurs été relevées dans un BioClips+ de 2017, au moment où le contenu québécois fut adopté comme nouvel indicateur pour mesurer la présence des produits alimentaires québécois sur le marché domestique19. Il faut garder à l’esprit que ce taux ne mesure que la capacité « théorique » d’autosuffisance alimentaire. Il n’indique en rien si nous utilisons effectivement cette capacité pour nous nourrir : il permet d’évaluer si l’offre domestique a le potentiel de répondre – et non si elle répond véritablement – à la demande domestique. Même avec un taux d’autosuffisance alimentaire égal ou supérieur à 1 (ou 100 %), l’entièreté de la production pourrait être exportée tandis que tout ce qui est consommé pourrait être importé.
De son côté, la part des achats provenant de fournisseurs du Québec a pour principal défaut de ne pas tenir compte de la provenance des produits que les fournisseurs du Québec vendent aux distributeurs. Notamment, les intrants intermédiaires qui entrent dans la composition de certains produits transformés, et ce parfois dans des proportions importantes (pensons au chocolat par exemple), passeront sous le radar. Étant donné que l’entreprise qui transforme et vend ce produit aux distributeurs est située au Québec, elle sera incorporée dans la part des achats provenant de fournisseurs du Québec20. Dans le même ordre d’idées, c’est la localisation géographique de l’entreprise qui sert de critère discriminant pour déterminer son inclusion ou son exclusion dans la catégorie « du Québec ». Ici, aucune considération n’est accordée à la propriété de l’entreprise ou même à la localisation de son siège social21. Autant dire que cet indicateur ratisse très large, ce qui gonfle artificiellement ses résultats.

Enfin, la mesure du contenu québécois présente aussi certaines lacunes. La valeur ajoutée, qui inclut le revenu des propriétaires, fait abstraction de la structure de propriété des entreprises (les sociétés par actions par exemple) et de la localisation de ses propriétaires finaux. Les profits réalisés par les succursales de Walmart au Québec, qui seront répartis entre ses différents actionnaires, comptent pour du contenu québécois. Il en va de même de la rémunération de la main-d’œuvre, lorsque celle-ci est d’origine étrangère. Depuis plusieurs années, les travailleurs étrangers temporaires occupent une place grandissante en agriculture. Cela est également vrai dans la transformation alimentaire, entre autres dans les usines de transformation de poissons et fruits de mer du Québec maritime. Or, la rémunération de cette main-d’œuvre est aussi comptabilisée dans le contenu québécois.

Conclusion

Alors que depuis le printemps 2020 les indicateurs exprimant l’état de l’autonomie alimentaire au Québec foisonnent, ce tour d’horizon a proposé quelques lumières pour y voir plus clair. Les indicateurs utilisés actuellement nous ont permis de constater des résultats mitigés, en demi-teinte, qui montrent qu’il reste énormément de travail à accomplir en matière d’autonomie alimentaire, notamment dans les pêches et l’aquaculture commerciales. Nous avons également réalisé que ces indicateurs sont insuffisants et présentent d’importantes lacunes. Ils ne sauraient évaluer à eux seuls le projet d’autonomie alimentaire : s’en tenir à ceux-ci pour piloter sa mise en œuvre ne nous mènera vraisemblablement pas à bon port. Ils constituent un point de départ, et non d’arrivée.

En outre, en étant exclusivement centrés sur des catégories économiques conventionnelles, ils n’introduisent aucune réflexion de fond sur la durabilité et la diversification du modèle de développement du secteur bioalimentaire. Comme le souligne Patrick Mundler, « la focalisation du débat sur l’autosuffisance alimentaire ne permet pas d’aborder les vrais enjeux qui attendent le secteur bioalimentaire »22. Au-delà des discours, que deviennent les intentions de développer des systèmes alimentaires territorialisés, la production et la consommation locale, de proximité et en circuits courts, la modification des habitudes de consommation, l’habitation du territoire, la transition agroécologique ou encore la protection de l’environnement et la lutte aux changements climatiques ? Ces considérations, qui semblent intrinsèques au projet d’autonomie alimentaire et qui devraient conduire à une sérieuse remise en question de nos modes de production, de transformation, de distribution, de consommation et de gestion des matières résiduelles, sont pourtant invisibles, ne sont pas traduites, dans les indicateurs actuels.

1 –  Pour consulter ces fiches, voir : [en ligne] et [en ligne]. Notons que dans la première fiche se trouvent quelques définitions de termes que nous réutiliserons ici, comme secteur bioalimentaire et système alimentaire.

2 – Il se calcule de la sorte : Taux d’autosuffisance alimentaire = Production domestique / Consommation domestique.

 

3 – Notons que ce taux peut aussi être calculé à l’échelle d’une unité productive, comme une ferme, pour déterminer son degré d’autosuffisance alimentaire, soit sa capacité à autoproduire les denrées nécessaires à alimenter le cheptel.

 

4- Il se calcule comme suit : Part des achats provenant de fournisseurs du Québec = Somme des achats provenant de fournisseurs du Québec / Somme de tous les achats X 100.

5- Gilbert, C. et F. Hitayezu (2017). « Parts des produits et du contenu québécois dans les produits alimentaires vendus au Québec. L’évolution des mesures de la part des produits québécois selon le contexte et les besoins », BioClips+, vol. 18, no 1, [en ligne], p. 8. De plus, le contenu québécois présente l’avantage que ses résultats sont aisément comparables avec d’autres pays. Les sources de données utilisées sont fiables et la méthodologie est simple, circonscrite et limite les marges d’erreur (Gilbert, C. et F. Hitayezu (2017). Op. Cit., p. 12).

6– Ce schéma est une adaptation de Gilbert, C. et F. Hitayezu (2017). Op. Cit., p. 9 et 12.

7- Labrecque J., Mundler, P., Peignier, I., Poitevin, M., Rousseau, H.-P., Royer, A., Tamini, L. D., Bezzaz, M., Brisebois-Lacoste, E., Mondin, C. et M. Panot (2020). Relance de l’économie et autonomie alimentaire. Éléments de réflexions. CIRANO, [en ligne], p. 11.

 

8- Voir à ce sujet la présentation de Daniel Bouchard, directeur de la planification, des politiques et des études économiques au MAPAQ, lors du Forum Agro. Relance de l’économie et autonomie alimentaire, organisé par le CIRANO le 26 mars 2021. Les principaux indicateurs de l’autonomie alimentaire utilisés par le MAPAQ à l’heure actuelle sont explicitement mentionnés dans la présentation [en ligne, p. 6]. Il s’agit du contenu québécois, de la part des achats provenant de fournisseurs du Québec, de l’autoapprovisionnement (taux d’autosuffisance alimentaire) et de la balance commerciale. Seule la balance commerciale n’est pas abordée dans le cadre de cette fiche puisque son inclusion en tant qu’indicateur de l’autonomie alimentaire du Québec nous semble inappropriée. 

9- Plusieurs bulletins du BioClips emploient ces indicateurs depuis le printemps 2020. À titre indicatif, voir les numéros 11, 18 et 20 du volume 28 (année 2020) ainsi que les numéros 1, 4, 5 et 10 du volume 29 (année 2021).

 

10- Par exemple, en 2018, le Québec produit, en volume, 399 % du porc et 1304 % du sirop d’érable qu’il consomme, contre 32 % du miel et 12 % des céréales pour boulangerie et produits céréaliers (sauf alimentation animale). MAPAQ (2020). « L’approvisionnement alimentaire au Québec », BioClips, vol. 28, no 11, [en ligne], p. 2.

 

11- Pour calculer le taux d’autosuffisance alimentaire en poissons et fruits de mer du Québec, nous avons d’abord estimé les volumes produits à partir des données du MPO sur les débarquements des pêches maritimes, les débarquements des pêches en eau douce et la production d’aquaculture. Pour la consommation, nous avons utilisé les données sur les aliments disponibles au Canada de Statistique Canada. Elles permettent d’obtenir la consommation apparente annuelle de poissons et fruits de mer, par habitant, en kilogrammes. Ces données ont ensuite été couplées avec les estimations de la population du Québec de l’ISQ, pour obtenir la consommation domestique totale. Puisque les données sur les volumes produits sont exprimées en poids vif et que les données sur la consommation apparente sont exprimées en poids comestible, il y a un écart important à considérer. En fait, le poids comestible de ce qui est produit est moindre que le poids vif, ce qui a pour effet de gonfler artificiellement le taux d’autosuffisance alimentaire ici calculé. Il faut également garder à l’esprit que les données sur la consommation apparente sont canadiennes. Il existe sans doute un écart non négligeable entre ce que le Canadien et le Québécois moyen consomment en poissons et fruits de mer. Bref, ces données demeurent fragiles et constituent au mieux un ordre de grandeur plutôt que le reflet exact de la réalité. 

12- Vargas, R. (2021). « Le contenu québécois dans les aliments vendus au Québec et la part des achats alimentaires réalisés auprès des fournisseurs locaux », BioClips, vol. 29, no 5, [en ligne], p. 1.

13- Gilbert, C. et F. Hitayezu (2017). Op. Cit., p. 11-12 et Labrecque J. et al. (2020). Op. Cit., p. 11.

14- Vargas, R. (2019). « Portrait de la filière de la pêche maritime et de la transformation des poissons et fruits de mer du Québec », BioClips, vol. 27, no 29, [en ligne], p. 2. Le contenu québécois ici exprimé concerne les segments de la production et de la transformation, sans double comptage. Il convient de ne pas le confondre avec celui de la distribution et des ventes finales aux consommateurs du Québec.

 

15- Notons que nous n’avons trouvé aucune cible quant à la part des achats provenant de fournisseurs du Québec.

16- Cameron, D. et E. Plante-Fréchette (2020). « Autonomie alimentaire. L’appétit d’un ministre », La Presse, 20 décembre, [en ligne].

17- Ce sont là les propos tenus par Daniel Bouchard (à partir de la douzième minute) lors du Forum Agro. Relance de l’économie et autonomie alimentaire, organisé par le CIRANO le 26 mars 2021. Pour plus de détails concernant l’inscription du projet d’autonomie alimentaire dans le sillage de la Politique bioalimentaire 2018-2025, voir la seconde fiche de cette série : [en ligne].

18- MAPAQ (2018). Politique bioalimentaire 2018-2025. Alimenter notre monde, MAPAQ, [en ligne], p. 17.

19- Cette édition du Bioclips+ survient quelques mois avant le lancement de la Politique bioalimentaire 2018-2025 et de sa cible relative à cet indicateur. Quant aux critiques du taux d’autosuffisance alimentaire, elles portent essentiellement sur la composition réelle du panier alimentaire des consommateurs, c’est-à-dire de la pondération de certains aliments plus consommés que d’autres. Aussi, certains produits transformés ou importés en totalité sont exclus, de sorte que l’indicateur ne rend pas bien compte des préférences des consommateurs. En somme, dans un contexte de libéralisation commerciale et de circulation accrue des denrées alimentaires, ce taux « ne peut pas refléter adéquatement la part des produits québécois sur le marché d’ici » (Gilbert, C. et F. Hitayezu (2017). Op. Cit., p. 3). À cela, nous pouvons ajouter que ce, s’il n’est calculé que de manière générale pour l’ensemble du secteur bioalimentaire, peut être fortement influencé à la hausse par certaines productions dominantes (ex. : sirop d’érable, porc) et masquer des carences importantes dans d’autres productions.

20- Vargas, R. (2021). Op. Cit., p. 2.

 

21- En guise d’exemple, l’entreprise Les Fruits de Mer de l’Est du Québec, qui transforme la crevette nordique à Matane, appartient à la société d’État Royal Greenland, une multinationale dont le siège social est au Danemark. Devant les baises de quotas de pêche à la crevette nordique ces dernières années au Québec, l’entreprise se tourne vers les marchés étrangers pour s’approvisionner (Beauchesne, L. (2017). « Les Fruits de mer de l’Est du Québec fêtent leurs 50 ans », Radio-Canada, 16 mars, [en ligne]). Ces produits entreront tout de même dans la part des achats provenant de fournisseurs du Québec s’ils sont vendus à des distributeurs au Québec.

22- Mundler, P. (2020). Nourrir, produire, protéger les personnes et les ressources. Les voies d’une transition agroécologique du système bioalimentaire québécois. CIRANO, [en ligne], p. 1.

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